Aujourd’hui les marins connaissent à chaque instant leur position grâce aux 24 satellites du système GPS en fonction depuis les années 1980.

On a du mal à imaginer que les navigateurs du passé ont exploré les mers sans bien savoir où ils se trouvaient.

Dès le XIème siècle les navigateurs occidentaux et arabes ont su déterminer leur latitude c'est-à-dire le cercle parallèle à l’équateur sur lequel ils se trouvaient, en mesurant la hauteur de l’étoile polaire ou du soleil au-dessus de l’horizon.

Diapositive Mais la détermination de leur longitude c'est-à-dire leur position à l’est ou à l’ouest du point de départ sur un méridien, ligne tracée d’un pôle à un autre est restée inaccessible à l’homme pendant plusieurs siècles. Voltaire parlait même de « l’impossible problème des longitudes ».

C’est l’histoire de cette recherche opiniâtre de la longitude en mer qui a duré plus de 4 siècles c'est-à-dire jusqu’à la deuxième moitié du XVIIIème siècle que j’aimerais vous faire rev ivre aujourd’hui.

Incapables d’apprécier la longitude en mer les premiers navigateurs faisaient du cabotage le long des côtes. Pour traverser les mers afin de réduire les erreurs de localisation, les pilotes des navires gagnaient le plus rapi de ment possible le parallèle souhaité et tâchaient de s’y maintenir en maintenant le cap à l’est ou à l’ouest : mais les erreurs étaient nombreuses.

Pour traverser l’Atlantique les navires avaient pris l’habitude de suivre les alizés en prenant la route des Açores en direction des Caraïbes. Au retour ils empruntaient la zone des vents d’ouest. Tous ces navires marchands qui encombraient les mêmes routes étaient des proies faciles pour les pirates ou les flottes ennemies.

L’astronome grec Claude Ptolémée, deux siècles après Jésus-Christ avait rédigé un ouvrage de géographie dont on s’inspira au XIVème siècle pour tracer une carte du monde connu : mais les distances étaient fantaisistes, comme la représentation des continents.

Il faudra attendre le milieu du XVIème siècle pour que le géographe Gerhard Kremer (1512-1594) surnommé Mercator établisse une cartographie utilisable pour les marins : les méridiens (c'est-à-dire les demi-cercles fictifs tracés sur le globe terrestre d’un pôle à un autre et perpendiculaires à l’équateur) étaient des droites séparées par des distances égales. Effectivement pour établir cette carte, Mercator avait imaginé d’enrouler un cylindre a utour de la sphère terrestre, tangentiellement à l’équateur.

Pour tracer sa route, le pilote tirait alors un trait entre le point de départ et d’arrivée sur la carte et mesurait l’angle entre la droite ainsi tracée et un méridien. On essayait donc de naviguer à cap constant en traversant les méridiens sous le même angle à l’aide d’une boussole. Bien évidemment cette carte était de plus en plus fausse à mesure que l’on s’éloignait de l’équateur.

Jusqu’au milieu du XVIIIème siècle malgré tous les procédés imaginés que nous verrons pour déterminer la longitude en mer, les erreurs étaient fréquentes et d’innombrables navires se sont égarés : les armateurs, les négociants, perdirent beaucoup d’argent. Très souvent les navires marchands perdaient des semaines à zigzaguer pour trouver leur destination ce qui prolongeait leur navigation. Les équipages démunis de fruits et de légumes étaient décimés par le scorbut. On ne se rappelle plus que le scorbut était une maladie épouvantable : privés de vitamine C les petits vaisseaux sanguins devenus poreux, les marins se couvraient d’ecchymoses, leurs jambes enflaient, des hémorragies spontanées rendaient les articulations et les muscles douloureux. Les genoux, les gencives saignaient. Les marins mouraient d’épuisement ou d’hémorragies cérébrales.

De nombreuses catastrophes se produisirent parce que les marins ne pouvaient déterminer leur longitude. A titre d’exemple on peut relater celle qui survint au début du XVIIIème siècle à la marine royale anglaise : en octobre 1707 un amiral expérimenté de la Royal Navy, Clowdisley Shovell âgé de 57 ans rentrait victorieux de Gibraltar après des escarmouches avec la flotte française, accompagné de 5 vaisseaux de la marine britannique. Il pensait en naviguant à la boussole et au loch setrouver en sécurité au large de l’île d’Ouessant, par un temps brumeux.

Un matelot sur le navire amiral « L’Association » avait effectué pour son propre compte une estimation de leur longitude car il avait pressenti une erreur. Il savait que toute estimation était interdite aux marins de la Royal Navy. Pourtant il risqua sa tête pour faire part de ses craintes aux officiers : l’amiral mis au courant le fit pendre sur le champ pour mutinerie.

Peu après, poursuivant leur course vers le nord ils se tro uvèrent face aux îles Scilly hérissées de blocs rocheux à une trentaine de kilomètres de la pointe sud-ouest de l’Angleterre, à cause d’une erreur d’estimation de leur longitude. Le navire amiral chavira le premier et sombra en quelques minutes avec tous ses hommes. Peu après deux autres bâtiments furent éperonnés par les rochers et coulèrent. En tout 4 des 5 navires de guerre furent perdus : il y eu près de 2000 victimes. Seuls deux hommes abordèrent vivants le rivage dont l’amiral de cette flotte qui s’écroula sur la plage. Une femme qui observait la scène s’empara de l’émeraude qu’il portait à son doigt et l’assassina. Trente ans plus tard sur son lit de mort elle confessera son crime à son clergyman en lui confiant l’anneau de l’amiral.

Nous allons voir successivement :

1/ un rappel des techniques de la mesure d’une latitude en mer

2/ les obstacles insurmontables à la mesure d’une longitude en mer

3/ les premiers procédés de navigation : la déclinaison magnétique

la boussole et le loch

4/ les principes astronomiques de la détermination d’une longitude :

les éclipses de lune et de soleil

la méthode de la distance lunaire

les satellites de Jupiter

5/ l’intervention des états dans le problème de la longitude

6/ quelques solutions fantaisistes

7/ au XVIIIème siècle, la compétition finale entre la méthode de la distance lunaire et les horloges marines (John Harrison)