Philippe Mikaeloff - Conférences

A la recherche des raisons du destin tragique

du philosophe Italien Giordano Bruno (1548 – 1600)

Il y a longtemps que je m’intéresse à Giordano Bruno en raison de ses conceptions audacieuses sur l’univers.

A son propos, le physicien Français Etienne Klein a écrit dans un ouvrage récent sur l’unité de la physique, je le cite : « La reconnaissance de l’univers est bien l’acte fondateur de la physique … On doit peut être mettre à la première place le nom de Giordano Bruno . Celui-ci, philosophe plutôt qu’astronome … a d’abord reconnu l’univers dans son authentique réalité, faisant émerger la notion moderne d’univers infini, homogène et isotrope. Bruno abandonne toute notion de hiérarchie dans l’univers … Dieu cesse d’avoir une relation privilégiée avec telle région de l’univers pour avoir la même relation de présence indifférente … Bruno affirme également que l’univers infini est homogène, c’est à dire que l’espace infini est rempli dans toute son étendue d’une même matière. . Cette matière entre dans la composition de tous les astres : Elle est soumise à une loi unique, universelle et nécessaire ». C’est bien la un acte fondateur de la physique.

Giordano BrunoAu fil des années, je me suis imprégné de la vie et de l’œuvre de ce penseur exceptionnel, dont je vais essayer d’analyser avec vous les conceptions et le destin tragique.

A l’aube du jeudi 17 février 1600, à Rome, en public sur le Champ des Fleurs, l’ex prêtre dominicain, Giordano Bruno, Docteur en théologie âgé de 52 ans est brûlé vif par décision de la sainte inquisition : Il est la proie des flammes, ligoté nu au poteau du bûcher, la bouche entravée pour étouffer ses invectives. Souvent, les bourreaux étranglaient le supplicié avant d’allumer le bûcher, mais pour Bruno l’inquisition n’eût aucune pitié et demanda qu’il soit brûlé vif. En se consumant il détourna son regard du crucifix , selon les témoins de l’époque.

Comment avait on pu en arriver là, alors que 20 ans durant il avait publié de nombreux ouvrages, été accueilli par le roi de France Henri III, par la cour d’Elisabeth Ier et par l’empereur Germanique Rodolphe II à Prague ?

Bien sur , d’autres penseurs avant lui périrent sur le bûcher : on peut citer Jean Hus, professeur à l’université de Prague, brûlé en 1418 pour avoir dénoncé le relâchement des souverains pontifes

Savonarole, prédicateur dominicain, pendu puis brûlé en 1498 à cause de son opposition au pape, Ou l’imprimeur Etienne Dolet, humaniste également pendu et brûlé à Paris en 1546 pour ses opinions hérétiques.

Mais le destin tragique de Giordano Bruno est tout à fait particulier.

L’attitude de Bruno, sa vie sont difficiles à comprendre : intrigué j’ai essayé de suivre le conseil du philosophe Alberto Savinio qui écrit : « pour clairement comprendre un homme comme Giordano Bruno, il faut non seulement se mettre hors de Bruno, mais également hors de soi-même ».